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Stratégie de Lisbonne
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Les enjeux de la revue à mi-parcours de la stratégie de Lisbonne
Ce qui est en jeu dans la Stratégie de Lisbonne, c’est le modèle européen. Une stratégie pour la croissance et l’emploi fondée sur l’interaction entre économique, social et environnement (Par Anne Hermier).
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En mars 2000, le Conseil européen de Lisbonne a présenté une stratégie sur 10 ans visant à faire de l'UE l'économie la plus compétitive et la plus dynamique du monde. Selon cette stratégie, une économie plus forte stimulera la création d'emplois et favorisera des politiques sociales et environnementales assurant développement durable et cohésion sociale.
En novembre 2004, un groupe d'experts de haut niveau, dirigé par Wim Kok, ancien premier ministre néerlandais, a présenté son évaluation de la stratégie. Le rapport dresse un bilan sans concession de l'état de l'économie européenne et analyse les facteurs expliquant la lenteur des progrès effectués: "il reste beaucoup à accomplir pour éviter que Lisbonne devienne synonyme d’objectifs manqués et de promesses non tenues". Le rapport constate notamment que le problème principal de la stratégie de Lisbonne vient de ce que son champ d'action est devenu "trop vaste" pour être compris et que, par conséquent, "Lisbonne traite de tout, et donc de rien".
Tout en partageant cette analyse, la plupart des acteurs concernés ont critiqué le manque de solutions concrètes avancées dans le rapport. Beaucoup désapprouvent également sa position en ce qui concerne l'équilibre entre les domaines économique, social et environnemental.
Le Conseil européen du Printemps 2005 a été l'occasion d'une vaste évaluation à mi-parcours des progrès accomplis dans la mise en œuvre de l'agenda de Lisbonne. Dans ce bilan, les socialistes européens ont eu un rôle fondamental à jouer pour faire valoir leur vision du modèle social européen: le groupe socialiste a beaucoup insisté sur l'importance de ne pas dissocier les trois dimensions. La stratégie ne peut être fondée sur l'économique d’abord, le social et l’environnemental après. S'il est vrai que la performance économique facilite le financement du progrès social et environnemental, il n'en est pas moins vrai que des politiques environnementale et sociale fortes sont l'une des clés d'une économie performante. C'est précisément cette relation d'interdépendance qui est au coeur de la stratégie de Lisbonne et la proposition de mettre de côté le social et l'environnemental pour se concentrer sur l'économique risque de miner, et la stratégie, et la compétitivité de l'Europe.
Harlem Désir a été désigné comme co-rapporteur de la position du Parlement européen sur la Stratégie de Lisbonne: en novembre dernier, la Conférence des Présidents a décidé d'établir un Groupe de coordination responsable de l'élaboration de ce texte avant le Sommet du Printemps. Ce groupe a été également été mandaté pour organiser une réflexion avec les Parlements nationaux; préparer un calendrier des mesures à adopter en 2005; et examiner la question de la mise en œuvre des mesures.
Les deux premiers pas ont été franchis: la résolution du Parlement a été adoptée le 9 mars et un grand forum parlementaire a été organisé les 16 et 17 mars avec de nombreux parlementaires nationaux en présence du président en exercice du Conseil de l'UE, Jean-Claude Juncker et du président de la Commission européenne, Mr Barroso.
Le compromis avec le groupe populaire européen a été difficile pour parvenir à une résolution commune du Parlement sur Lisbonne. La position du groupe socialiste était claire et forte après le travail sur une position commune publiée en janvier sous le titre parlant: "Une Europe de l'excellence: la stratégie de Lisbonne des déclarations aux résultats" co-rédigé par Harlem Désir. Le groupe socialiste soutenait la nécessité d'avoir une meilleure compréhension de la compétitivité, qui reconnaisse l'interdépendance de l'économie, de la société et de l'environnement. Une simple approche "l'économie d'abord" ignore les véritables sources d'avantage compétitif de l'Europe, et risque de nuire au modèle social et environnemental européen et d'aliéner et de démobiliser les citoyens d'Europe.
L'accord a été d'autant plus difficile a trouver que le 2 février, la communication de la Commission sur la révision à mi-parcours de la Stratégie de Lisbonne mettait clairement en avant l'importance de la compétitivité économique de l'Union européenne et de la croissance du nombre d'emploi, faisant l'impasse sur la complémentarité de ces deux moteurs avec des normes sociales de hautes qualités et un haut niveau de protection de l'environnement.
Malgré ce contexte, la résolution du Parlement est un bon compromis reprenant de nombreuses idées chères au groupe socialiste. Car s'il est important de resserrer les objectifs de la Stratégie de Lisbonne il convient de ne pas le faire aux dépends de sa spécificité et de son équilibre.
Ceci a permis au Parlement de faire part de sa position aux autres Institutions suffisamment tôt pour que son avis puisse être pris en compte par le Conseil Européen dans ses conclusions.
Désormais, le groupe socialiste doit continuer à saisir chaque opportunité pour faire valoir sa vision du modèle social européen. A l'heure de nouvelles législations sur les services, notamment les services publics, les services d'intérêt général, le temps de travail, une tentation d’alignement des normes, des coûts, des salaires, des taxes par le bas comme réponse aux défis de la compétitivité, existe. Mais ce n’est pas là que sont les atouts de l'Europe.
L’Europe doit faire le choix de l’excellence et pas celui du rabais pour gagner dans la compétition internationale. Le choix de la recherche et de l’innovation, d’un haut niveau de qualification et d’adaptabilité des travailleurs, de la formation tout au long de la vie, de services publics de qualité, de réseaux transeuropéens performants, de la cohésion territoriale et de politiques industrielles ambitieuses.
Pour réussir ces réformes, les socialistes ont plus que jamais besoin de l’adhésion des citoyens. Les peuples doivent pouvoir adhérer à un objectif commun synonyme de nouvelles chances pour chacun, de progrès et non de davantage de précarité et d’insécurité. La stratégie doit contribuer à la cohésion sociale. Le succès de l’appropriation nationale en dépend.
C'est cela l'enjeu de la stratégie de Lisbonne, si on veut qu'elle soit synonyme d'excellence sociale, économique et environnementale et non de paroles creuses et de promesses non tenues.
Anne Hermier
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