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vendredi 05 décembre 2008 Harlem Desir

Vous êtes dans Mondialisation - OMC
Interview d'Harlem DESIR : «L’altermondialisme est en débat sur son avenir»
Une délégation du Parti socialiste, conduite par Harlem Désir, secrétaire national à la mondialisation, participe au 7e Forum social mondial (FSM), qui se tient à Nairobi (Kenya), du 21 au 25 janvier. Le député européen revient sur les enjeux de cette rencontre, alors que le FSM est à la recherche d’un second souffle.


Quelles sont les particularités de ce 7e Forum social mondial (FSM) ?

Pour la première fois, le FSM se déroulera entièrement en Afrique, continent le plus marginalisé par la mondialisation, le plus touché par la pauvreté, les guerres civiles, le pillage des ressources, les drames de l’immigration et l’injustice du commerce mondial. Les grands enjeux du développement pour l’Afrique seront donc au cœur des débats : rôle des institutions internationales, dette, exploitation des ressources et corruption, guerre et prévention des conflits. Mais aussi les problèmes très concrets de l’accès à l’eau, aux médicaments, à l’éducation et des luttes pour la démocratie. Autres questions : comment définir de nouvelles politiques d’aide au développement ? Comment soutenir la société civile africaine, encore fragile, mais qui joue un rôle grandissant, avec les mouvements de femmes, de jeunes, de paysans, les syndicats ? L’enjeu du forum sera de déboucher sur le lancement de campagnes communes, coordonnées au Nord et au Sud.



Depuis Porto Alegre (2003) et surtout Bamako (2006), où en est l'altermondialisme ?

Il est traversé d’un débat sur son avenir. Les forums sociaux ont pesé sur la perception de la mondialisation. Ils ont fait surgir l’idée d’alternatives aux politiques néolibérales, ils ont popularisé des thèmes comme les taxes mondiales, l’annulation de la dette, le droit aux médicaments, la réforme des institutions internationales. Ils ont favorisé la convergence de mouvements qui s’occupaient les uns d’environnement, les autres de développement, les troisièmes de droits de l’homme, les uns radicaux, les autres cathos, etc. Ils se sont ouverts aux syndicats.
Mais aujourd’hui, certains craignent un essoufflement, une visibilité moins spectaculaire, une difficulté à se renouveler. D’autres insistent sur le fait que le mouvement s‘élargit à de nouveaux continents, après l’Amérique latine, l’Asie du Sud (Mumbai et Karachi), maintenant l’Afrique. Et qu’il s’approfondit, avec de plus en plus de forums thématiques : forum mondial de l’éducation, de l’eau, des autorités locales, des juges, des parlementaires…, qui créent des réseaux mondiaux et avancent des propositions. Je crois que ce mouvement international reste porteur d’une grande aspiration à la justice sociale globale et locale, et à la démocratie, ainsi que d’une contestation de l’ordre libéral qui s’exprime tant dans les sociétés du Nord que du Sud. Mais il peine à fédérer une alternative qui renvoie à un débat plus politique.



La contribution des socialistes s'incarne à travers le Forum progressiste mondial, comment s'articulent ces deux mouvements ?

Nous allons au FSM pour écouter, dialoguer, confronter nos propositions avec la société civile, mais aussi pour agir. Avec le Forum progressiste mondial, nous organiserons plusieurs séminaires dans le cadre des débats du FSM, sur le travail décent et les droits syndicaux en Afrique, qui doivent déboucher sur le lancement d’une campagne. Ils se tiendront avec la nouvelle Confédération syndicale internationale (CSI) et de nombreux syndicats et ONG africains. Nous organisons également avec le collectif des ONG françaises et des ONG africaines une rencontre sur la définition d’une nouvelle politique africaine pour la France et l’Europe. Et nos élus interviendront au sein du Forum des autorités locales et du Forum parlementaire.

Propos recueillis par Pierre Kanuty

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