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jeudi 04 décembre 2008 |
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Au Parlement européen
Stratégie de Lisbonne
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Interview d'Harlem Désir par "Wider Europe"
Harlem Désir a été interviewé par les rédacteurs de la newsletter hebdomadaire du Groupe Socialiste "Wider Europe", sur la position du groupe socialiste par rapport à la stratégie de Lisbonne.
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1. Quels aspects sociaux devraient être améliorés pour que le Parti Socialiste Européen soutienne pleinement la stratégie de Lisbonne ?
Elaborée et adoptée au printemps 2000, sous la présidence portugaise de l'Union Européenne, la stratégie de Lisbonne vise à créer d'ici à 2010 "l'économie du savoir la plus compétitive au monde, capable d'atteindre une croissance économique durable, de créer plus d'emplois de meilleure qualité et de parvenir à une plus grande cohésion sociale." Dans son esprit, son orientation générale et l'équilibre qu'elle a défini entre ses trois piliers économique, social et environnemental, la stratégie de Lisbonne correspond à la vision des socialistes et ce n'est pas un hasard si elle a été lancée par un premier ministre socialiste Antonio Gutiérrez. Mais sa mise en œuvre a été décevante. Tandis que les éléments de libéralisation et d'achèvement du marché intérieur avançaient, les volets investissement dans la recherche, l'université, la formation, les réseaux transeuropéens, de même que le soutien à l'innovation dans les PME ont été délaissés. Les politiques macroéconomiques, la coordination budgétaire entre Etats membres, la politique monétaire n'ont pas contribué à soutenir une croissance forte. Quant à l'agenda social, la formation tout au long de la vie, la promotion d'une Europe qui s'appuie sur le dialogue social pour faire face aux changements, en renforçant les comités d'entreprise européens par exemple, de même que la lutte contre la précarité et l'amélioration de la qualité du travail, ils ont été abandonnés.
La réussite de Lisbonne passe par une stratégie de l'excellence en matière sociale aussi, pour avoir une main d'œuvre bien formée, motivée, dont la productivité est forte. Nous refusons l'idée d'une course vers le bas en matière sociale qui serait un contresens économique. Pour toutes ces raisons, le réseau "Lisbonne" du PSE et le Groupe PSE ont fait des propositions de révision des lignes directrices intégrées pour la croissance et l'emploi 2008-2010, qui sont le principal instrument de l'Union Européenne pour la mise en œuvre de la stratégie de Lisbonne. Dans le cadre de cette révision, notre Groupe a proposé : une coordination de la politique macroéconomique pour favoriser la croissance et l'emploi; une meilleure réglementation des marchés financiers pour faire face à la crise internationale; une réelle priorité budgétaire des Etats membres de l'UE en faveur de la recherche, l'innovation, la formation; le renforcement de la dimension sociale ; et l'amélioration de la "gouvernance de Lisbonne".
Dans ses conclusions du 13 et 14 mars 2008, le Conseil, à la suite de la Commission européenne, n'a pas retenu ces propositions, reconduisant les lignes directrices de la période précédente 2005-2008 sans les changer pour celle qui s'ouvre de 2008-2010. C'est un choix qui ne permet pas de tirer les leçons des insuffisances, des retards pris, de la crise financière internationale et de ses conséquences, ni des nouvelles priorités environnementales et énergétiques, de la précarité au travail et de la pauvreté qui touche 70 millions d'Européens malgré la baisse du chômage. Depuis quelques années, on crée plus d'emplois, mais ils sont plus précaires.
Comme il est souligné dans le rapport d'Anne Van Lancker sur les Lignes Directrices pour l'Emploi, ce programme communautaire de Lisbonne 2008-2010 contient trop peu d'engagements concrets dans le domaine social. Pour le Groupe socialiste européen, la Stratégie de Lisbonne devrait inclure un nouvel agenda social.
2. Quels points essentiels doivent figurer dans l’agenda social européen ?
Le Traité de Lisbonne réformant les institutions de l'Union européenne renforcera sa dimension sociale. Il lui fixe des objectifs d'économie sociale de marché, de plein-emploi et de progrès social, de protection sociale élevée et d'éradication de la pauvreté. Le Traité inclut également une clause de sauvegarde sociale et intègre la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, en lui conférant une valeur légale contraignante. C'est une base, mais à partir de laquelle il faut bâtir des politiques nouvelles. Les lignes directrices pour la croissance et l'emploi pour la période 2008-2010 sont un premier cadre de travail, dont le Groupe PSE va essayer d'obtenir l'amélioration, mais ce ne sera pas suffisant.
En décembre 2006, lors de son congrès de Porto, le Parti socialiste européen a adopté un rapport intitulé "La nouvelle Europe sociale", sous l'égide de Poul Nyrup Rasmussen et Jacques Delors, proposant une feuille de route pour relever les défis sociaux auxquels l'Europe est confrontée. A partir de celles-ci, le Groupe PSE a élaboré un document de propositions précises concernant la contribution de l'UE (car beaucoup des compétences sociales restent aux Etats membres) pour une Europe de l'inclusion sociale et du travail décent. Je voudrais mentionner quelques unes des propositions - clefs :
1. Des investissements coordonnés en matière de recherche, d'éducation, de politiques actives du marché du travail et de gardes d'enfant (pour favoriser la compatibilité vie familiale et professionnelle et permettre un plus fort taux d'emplois des femmes)
2. Le renforcement de la législation européenne de la santé et de sécurité au travail
3. La révision de la directive sur le temps de travail et le renforcement de la Directive sur le congé parental
4. L'adoption de la législation communautaire pour protéger les travailleurs intérimaires
5. Le renforcement de la Directive d'égalité de traitement Hommes-Femmes
6. La révision de la directive sur les Comités d'entreprise européens
7. Favoriser la formation professionnelle, et créer un droit européen à la formation tout au long de la vie
8. Une politique migratoire commune et une Charte Européenne pour l'Intégration des Immigrés
9. Développer le Fond Européen d'Ajustement à la Mondialisation
10. Garantir des normes sociales et le respect du travail décent dans les accords de commerce internationaux signés par l'Union européenne
11. Une clause de sauvegarde sociale horizontale dans toutes les directives relatives au marché intérieur pour garantir le respect du droit du travail et des conventions collectives de chaque pays contre tout dumping social exercé par une entreprise venant d'un autre Etat membre (cas Laval)
12. Une législation européenne pour protéger les services d'intérêt général, leurs missions et l'autonomie de gestion des collectivités locales dans l'organisation des services publics locaux
La Commission européenne devrait rendre publique une communication à la fin du mois de juin sur l'agenda social européen. Le Groupe socialiste européen se prononcera au regard de ses propositions.
3. Quelles sont les opportunités offre la stratégie de Lisbonne dans les domaines de l’énergie et du changement climatique ?
Selon le quatrième rapport d'évaluation du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec), "le réchauffement climatique est sans équivoque". La planète pourrait ainsi, d'ici 2100, se réchauffer de 1,1°C au mieux, à 6,4°C selon les pires scénarios. Il n'y a pas d'autre option que de changer notre manière de produire, de nous déplacer, nous réchauffer, de consommer l'énergie. Signataire du protocole de Kyoto, la Communauté européenne considère la lutte contre les changements climatiques comme une priorité.
La politique environnementale doit être plus encore qu'auparavant au cœur de la stratégie de Lisbonne comme exigence de responsabilité et comme contribution à la croissance et à l'emploi. Elle peut en effet être une nouvelle source de compétitivité pour l'Union européenne. Depuis 2005, le Groupe socialiste appelle à se concentrer sur quelques objectifs environnementaux prioritaires et des objectifs chiffrés pour l'horizon 2010 (qualité de l'air et réduction des émissions de CO2, objectifs en matière de déchets en termes de prévention, recyclage et récupération, politiques énergétiques durables...).
Le Conseil européen a fixé, en mars 2007, une série d'objectifs visant à limiter le réchauffement mondial à 2°C, et a tracé les contours de sa future politique énergétique : d'ici 2020, les Etats membres devront réduire au moins de 20% leurs émissions de dioxyde de carbone, un cinquième de l'énergie consommée dans l'Union Européenne devra provenir d'énergies renouvelables (énergies éolienne, solaire et hydraulique) et les biocarburants devront représenter 10% de sa consommation totale de carburant.
La lutte contre les changements climatiques et la réduction des gaz à effet de serre figurait au sein des propositions du Groupe socialiste pour la révision des lignes directrices intégrées pour la période 2008-2010. Soutenant les objectifs du Conseil, de mars 2007, visant à réduire les émissions de dioxyde de carbone et la dépendance au pétrole, le groupe PSE demande également une véritable évaluation de l'impact environnemental et social, et une plus grande attention accordée au rôle de l'Union européenne dans le monde, avec notamment la promotion de normes environnementales et sociales dans les accords commerciaux.
Le projet de rapport Karl-Heinz Florenz du 22 janvier 2008 de la commission Changements climatiques, présidée par un membre du PSE, demande que le niveau des émissions de gaz à effet de serre (GES) soit au minimum réduit de moitié d'ici 2050, et recommande une priorité à l'efficacité énergétique dans les domaines du bâtiment et du transport, ainsi qu'un effort supplémentaire dans le domaine de la recherche. Nos positions ont été reprises et nous avons donc soutenu ce rapport.
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