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Et surtout, il y a le vote irlandais.
Tout était en place pour une ratification des 27 et une conclusion tonitruante par Nicolas Sarkozy en décembre 2008. C'est raté.
Il s'est vanté d'un traité simplifié. Il hérite d'une situation compliquée.
Nous devons respecter ce vote mais pas épouser aveuglement ses motivations.
Quand je perds une élection, je ne me précipite pas dans les bras du vainqueur. Ce vote d'un peuple est démocratique. Celui des autres aussi. Le vote d'un pays ne peut donc pas être le véto pour les autres.
Dans ce vote, il y a un peu de tout :
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les arguments des catholiques ultra conservateurs (mariage homosexuel et avortement obligatoires, ont-ils diffusé!);
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les arguments de l'extrême gauche hostile à la construction de l'Europe depuis 1949, qu'elle se réclame de Lénine, Staline ou Trotski;
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les arguments d'un millionnaire qui défend la liberté des affaires et craint la fin de l'unanimité en matière fiscale;
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les arguments des neutralistes en matière de défense européenne et qui se contentent de l'OTAN;
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sans compter la presse Murdoch qui a pilonné le traité comme elle a pilonné l'Irak.
Au Premier Ministre irlandais de dire aux autres peuples ce qu'il convient de changer, ou à tous ceux qui ont piloté ce non, mais ne pas faire comme en France, qui, il y a trois ans, n'a jamais expliqué officiellement les raisons du vote négatif des électeurs.
Mon sentiment, c'est qu'en Europe, les peurs taraudent les sociétés.
L'Europe s'est construite pour ne plus avoir peur ni de la guerre, ni de la dictature, ni du totalitarisme, ni de la menace soviétique.
Même l'euro en 1992 a été compris comme une protection.
Aujourd'hui, les peurs sont revenues. Elles portent sur d'autres questions : délocalisations, hausse des prix et salaires faibles, baisse des standards sociaux, précarité, chômage, flux migratoires.
Tant que le monde du travail ne se sentira pas protégé, il tendra l'oreille aux réponses nationalistes et nous ne pourrons pas suivre dans cette voie ceux que nous voulons défendre.
Même si la crise européenne n'a pas qu'une explication sociale, cette partie nous intéresse au premier chef.
Le 18 juin, nous avons rencontré le Secrétaire Général de la Confédération Européenne des Syndicats, le Britannique de Manchester, John Monks. Celui-ci souhaite un protocole social annexé à un traité. Nous souhaitons un traité social en bonne et due forme. Au delà des mots, il faut accompagner cette perspective et nous y engager.
Au Parlement européen, nous avons devant nous quelques textes importants :
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la directive "temps de travail" (2ème lecture) : il n'y a pas de vote final et on ne peut pas présenter de nouvel amendement. On ne votera pas en l'état le compromis des ministres.
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la directive "travail intérimaire" (2ème lecture) : le rapporteur est Harlem Désir que l'on suivra.
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la directive "comité d'entreprise européen" : la Commission doit la sortir en juillet. L'ancienne directive est à revoir face aux restructurations. Le capitalisme court plus vite que nos lois. Il faut donc un gendarme européen pour le réguler.
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la directive-cadre sur "la non-discrimination".
Au passage, nous avons voté contre la directive "retour" le 18 juin, pour deux de nos amendements refusés, l'un sur les mineurs non accompagnés (protection et garanties sur les conditions de retour), l'autre sur la durée de rétention de 18 mois. Au Royaume-Uni, c'est 42 jours pour un terroriste ! Comment mettre 18 mois pour quelqu'un qui n'a commis aucun crime ?
Ce thème social rejoint le mémorandum de la DSF pour la présidence française.
A force de rabâcher, le gouvernement a ajouté une cinquième priorité : l'agenda social.
A nous de veiller à ce qu'il ne soit pas la 5ème roue de la charrette.
On doit au moins y trouver :
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les moyens de contrer les arrêts de la Cour de Justice des Communautés européennes qui portent atteinte au droit du travail et aux conventions collectives (Laval, Viking, Rüffert),
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l'idée d'un salaire minimum sans qu'il ait le même montant par pays,
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la directive-cadre sur les services publics (projet "clé-en-main" d'une directive rédigée par le PSE à l'intention de la Commission).
En fin d'année de cette présidence, nous approcherons des élections européennes de juin 2009.
Il faudra élire 72 députés répartis dans 8 régions, car le Traité de Nice s'appliquera.
Il nous faut les préparer sans trop tarder en remettant en place la "Commission Europe" du PS et en organisant une "Convention Europe".
Chacun comprend les stratégies des voisins :
- l'Extrême Gauche et le Parti Communiste veulent faire de cette élection en 2009 le référendum qu'ils n'ont pas eu.
- le Modem a une occasion pour attirer les électeurs socialistes comme pour la présidentielle.
D'autant plus qu'en 2009, il n'y aura pas le réflexe de vote utile comme en 2007.
François Bayrou, dans sa convention du 8 juin, a fixé ses 4 enjeux.
Extraits :
"L'Europe, ce n'est pas d'abord un marché, c'est la défense de valeurs et d'un projet de société, ce qui met au premier rang la question de la nature sociale du projet européen"
On dirait du Hollande!
"La vocation des institutions européennes n'est pas de défendre la concurrence mais de définir une politique partagée"
on dirait du Besancenot!
"L'Europe ce n'est pas le nivellement des identités, c'est la défense des identités"
on dirait du Bové !
"L'Europe ce n'est pas fait pour défendre la globalisation auprès des Européens mais les Européens dans la globalisation"
on dirait du ATTAC!
Je suggère de ne pas prendre à la légère cet angle d'approche.
En conclusion:
En matière européenne, le Parti socialiste doit retrouver sa totale cohérence et sa pleine cohésion, son engagement et son histoire. Bref, faire vivre pour 2009 l'article 18 de sa nouvelle déclaration de principes : " le PS est un parti européen"
Bernard Poignant
Président de la Délégation socialiste frnçaise au parlement européen |