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Vous êtes sans doute un des seuls chefs d'état à vous exprimer devant notre Parlement. Presque tous sont des chefs de gouvernement : cela vous permettra d'être enfin Premier Ministre à visage découvert et vous donnera un avant-goût de la réforme française.
Nous connaissons vos 4 priorités. Je me permets d'insister sur le chapitre social : une partie doit en effet rester nationale, c'est le cas des retraites mais une partie doit être européenne dès lors qu'il y a marché et monnaie. C'est le cas de tout ce qui concerne le travail en général, de son droit, de son temps, de ses conditions.
Ce chapitre devrait comporter la proposition d'une directive-cadre "services publics" : on finira par l'avoir quand il sera trop tard. Vous avez bataillé pour les restaurateurs. Mettez la même énergie pour les services publics.
Mais la crise européenne n'est pas que sociale et démocratique : elle est aussi d'identité.
Nos concitoyens situent mal le sens de notre histoire dès lors que la paix est installée, la liberté conquise, la démocratie victorieuse.
D'où l'importance de quelques chapitres pour consolider la conscience européenne : Je pense à l'éducation : insistez pour un Erasmus apprentis, encouragez les échanges scolaires.
Je pense à la culture : incitez à la connaissance de l'histoire, favorisez la mobilité des artistes et créateurs.
J'attends aussi cela d'une Présidence de l'Union par mon pays.
Votre présidence sera jugée en décembre. Il y a les priorités mais il y aura le bilan. C'est dans 5 mois. En Europe ça passe vite... Si vous saviez comme c'est long en France!
Une certitude cependant : le traité simplifié se retrouve dans une situation compliquée. A vous de le désembourber. Mais il ne faut pas se décourager.
Pour terminer, je mets en exergue cette phrase d'un écrivain polonais qui a vécu en Provence, Witold Gombrowicz : "Etre français, c'est précisément prendre en considération autre choses que la France".
Il n'y a pas pour vous meilleur inspirateur pour les mois à venir car il contredit notre réputation, et aussi la vôtre.
Strasbourg, le 10 juillet 2008 |