Et cette fois-ci ? On connaît les quatre priorités de la présidence française : immigration, énergie, environnement, défense, politique agricole commune. La Délégation socialiste française a souhaité rédiger un mémorandum pour donner ses propres priorités. Un accent est mis sur la dimension sociale pendant ce semestre. Le moment est aussi venu de mettre sur la table une directive-cadre pour protéger nos services publics. Le calendrier exige que la France fasse les premières propositions pour le futur budget européen au-delà de 2013. On ne peut pas vouloir plus d'Europe avec moins d'argent. C'est aussi l'occasion pour la France de mettre en avant croissance et emploi dans les objectifs de la Banque Centrale Européenne. La Politique agricole commune elle-même doit donner lieu à un premier examen pour sa future réforme : on attend la France sur ce sujet.
Pour un socialiste français, opposant à Paris, mais européen à Strasbourg et Bruxelles, il ne peut souhaiter l'échec de son pays. Pour plagier Winston Churchill : "Mon Président a tort, mais c'est mon pays". Mais il y a des comportements à avoir ou ne pas avoir. En Europe on ne joue pas perso. On ne fait pas une annonce par jour pour la corriger le lendemain. On respecte les engagements pris par son pays surtout quand on a été dans son Gouvernement depuis 2002. C'est vrai du niveau de la dette comme de celui des déficits publics. On ne met pas sur le dos de Bruxelles tout ce qui vous contrarie dans votre pays, qu'il s'agisse des quotas de pêche ou des concours financiers à Arcelor-Mittal. Bref on se comporte en Européen, c'est-à-dire dans le respect des autres.
Nous attendrons Nicolas Sarkozy au pied du mur européen. La présidence de la France clôturera de fait la mandature et du Parlement et de la Commission. Elle pourrait se terminer par une ratification unanime du Traité de Lisbonne. Elle connaîtra le nouveau Président des USA comme les Jeux Olympiques de Pékin ou le soixantième anniversaire de la Déclaration universelle des Droits de l'Homme, adoptée par l'ONU le 10 décembre 1948. La France doit se montrer à la hauteur de ce semestre européen. Pour être influent, il faut savoir être modeste. C'est une qualité peu présidentielle. Il n'est jamais trop tard pour changer.
Bernard Poignant
Président de la Délégation socialiste française au parlement européen