Au G8, on a évoqué la question de la spéculation sur les marchés pétroliers. La réalité de la situation que nous vivons, nous la connaissons bien, si nous voulons aller au bout des choses, et Claude Turmes en a dit un mot. La crise pétrolière dans laquelle nous nous débattons et face à laquelle nos citoyens éprouvent du désarroi est l'un des éléments, un des signes de ce deuxième âge de la globalisation dans lequel nous sommes entrés, où les déséquilibres mondiaux dans lesquels nous nous sommes installés, impuissants, ont conduit à un dérèglement du système, qui s'est manifesté d'abord par une crise financière aux États‑Unis qui s'est propagée à une vitesse incroyable sur nos propres marchés et qui s'est traduite par un déplacement de la bulle spéculative qui sévissait sur les marchés immobiliers vers le marché des commodities, et notamment sur le prix du pétrole, mais aussi les prix alimentaires. Parallèlement, l'équilibre entre l'offre et la demande sur ce marché spécifique a fait le reste.
Face à cette situation, l'Union européenne a fort justement anticipé la situation l'année dernière en se dotant d'une stratégie que je qualifierais de stratégie des quatre-20 en 2020: moins 20% de consommation énergétique, plus 20% d'efficacité énergétique, plus 20% de renouvelables.
Mais derrière, nous avons, comme à chaque fois, manifesté la même carence. Lorsque nous mettons en œuvre le marché intérieur, nous oublions que pour qu'un marché intérieur soit acceptable, il lui faut une dimension sociale. Lorsque nous voulons mettre en œuvre un marché européen des services, nous oublions qu'il faut peut‑être tenir compte de la réalité des droits sociaux dans les États membres, et lorsque nous voulons doter l'Union européenne d'une stratégie juste en matière énergétique sur le long terme, nous oublions que cela a, dans le langage des économistes, un coût de transition et qu'à la question de savoir quels sont les pouvoirs d'achat qui seront les plus affectés, on peut répondre que ce serait ceux des catégories les plus modestes, celles qui sont les plus désemparées face à la hausse du prix du pétrole.
Il y a aujourd'hui les catégories dont on parle beaucoup, les professions qui sont les plus exposées dans leur travail quotidien ‑ les pêcheurs, les transporteurs routiers ‑, mais derrière elles, il y a aussi tous ces ménages modestes qui, dans leur budget quotidien, sont les premiers affectés parce que pour ces ménages‑là, le budget logement ou le budget transport sont immédiatement affectés par la hausse du prix du pétrole, dans des proportions bien plus importantes que dans les poches des spéculateurs qui empochent la rente de la hausse du prix du pétrole.